Parcours sonore
La Commune de Lavaveix-les-Mines a été créée en 1868, à partir des communes de Saint-Martial-le-Mont et de Saint-Pardoux-les-Cards, sur le site du lieu-dit La Vaveix. Ancienne cité minière, elle a connu une exploitation houillère continue aux XIXe et XXe siècles, une activité qui a profondément façonné à la fois son histoire sociale et son architecture. L’extraction s’est arrêtée en 1969, mais il a fallu attendre 2005 pour que ce patrimoine bâti soit reconnu et inscrit au titre des Monuments Historiques. Aujourd’hui, de nombreux vestiges industriels subsistent.
Le dispositif de parcours sonore vient prolonger le circuit existant « Balade au-dessus de la mine », composé de onze panneaux d’acier, en y ajoutant une dimension sonore immersive. Il propose une expérience in situ où l’écoute devient un mode d’exploration du territoire. Déployé sur huit stations autonomes, il articule un double récit du bâti (existants, vestiges, absences) et de ses usages passés (coopérative, ateliers, puits central, maison du directeur, lavoir à charbon, briqueterie, kiosque, mairie).
Un récit à deux voix, entre présent et mémoire
Le parcours se construit à partir d’un dispositif narratif à deux voix, qui organise la perception du lieu dans un mouvement constant entre observation et remémoration.
- une voix féminine, ancrée dans le présent, guide le visiteur à partir des formes visibles, des traces et des usages actuels du territoire ;
- une voix masculine, surgissant du passé, restitue la mémoire enfouie, évoquant les conditions de vie et de travail des mineurs, leurs gestes, leurs rythmes et les réalités sociales de la cité.
Ce dialogue ne relève pas d’une simple alternance descriptive. Il crée un jeu de superposition entre différentes temporalités, entre ce qui est là et ce qui a disparu, entre observation et réminiscence. Le visiteur n’est pas face à une description, mais plongé dans une reconstitution sensible des lieux.
Une écriture littéraire fondée sur la recherche et la transmission
Les contenus s’appuient sur une recherche documentaire rigoureuse (témoignages, récits oraux, archives) ainsi que sur l’implication d’un comité scientifique et d'étudiants de l'Université de Limoges.
Cette base documentaire a permis à l'autrice Marina Bellefaye de construire un récit fidèle aux réalités historiques tout en développant une écriture artistique, poétique, spécifiquement pensée pour l’écoute.
Loin d’une restitution linéaire, l’écriture procède par reprises, variations, motifs et adresses. Elle s’appuie sur des formes de récurrence, notamment autour de la formule « Là, il y avait…», qui structurent et inscrivent le récit dans une temporalité mouvante.
Cette approche permet de faire émerger une parole située et traversée par le temps, où l’histoire se donne à entendre autant qu’à comprendre. Le texte ne décrit pas seulement les lieux : il les active, en fait apparaître les usages, les ambiances et les présences. Le visiteur est ainsi engagé dans une expérience narrative où la mémoire se recompose au fil de l'écoute.
Le travail de reconstitution sonore comme écriture du lieu
Un travail de reconstitution sonore a été mené par le compositeur Eddie Ladoire à partir des lieux, de leur histoire et des usages qui les ont traversés.
Les prises de son réalisées in situ constituent le point de départ de cette démarche. Les bâtiments, leurs volumes, leurs matières et leurs résonances propres ont été enregistrés afin de capter l’empreinte acoustique du site. À cette approche s’ajoute la captation des paysages sonores de la campagne environnante et du village, qui inscrit le parcours dans une continuité sensible entre espaces naturels, urbains et industriels.
À partir de cette matière, un travail de composition a permis de faire émerger différentes strates sonores et de reconstruire entièrement certains environnements :
- l'intérieur des puits et l'extérieur de la mine, les bruits de machines, de moteurs, de mécaniques.
- les scènes liées aux usages du quotidien : ambiances de commerces, de la coopérative, des ateliers, la présence des femmes au lavoir à charbon.
- des moments collectifs : les fêtes, les fanfares au kiosque à musique, mais aussi les moments de tensions sociales, notamment liées aux épisodes de grèves.
L’ensemble compose un tissu sonore où se mêlent activité industrielle, vie sociale et mémoire du territoire.
Ces différentes dimensions ne relèvent pas d’une reconstitution naturaliste, mais d’une écriture sonore. Le son ne reproduit pas une réalité passée : il en propose une interprétation sensible, en mouvement. Dans cette approche, les résonances du site dialoguent avec des matières composées, faisant émerger une perception élargie du lieu. Les espaces, les usages et leurs transformations deviennent audibles à travers une expérience immersive.
Ce travail s’inscrit dans une pratique fondée sur le field recording et la composition électroacoustique, où chaque environnement sonore est intégralement conçu à partir de matériaux originaux, sans recours à des bibliothèques de sons existantes. Il en résulte une écriture étroitement liée au territoire, qui propose une autre manière d’en faire l’expérience.