Parcours sonore immersif (Fr/En)
Fondé en 1951 par Alice Taverne, chercheuse autodidacte et figure pionnière de l’ethnographie rurale, le musée témoigne de la vie quotidienne en milieu paysan forézien entre 1840 et 1940. À travers ses enquêtes de terrain, ses collectes et ses reconstitutions minutieuses, Alice Taverne a constitué un ensemble exceptionnel, à l’origine d’un musée unique en France, à la fois témoin d’un siècle de société rurale et des premières formes de muséographie ethnographique.
Aujourd’hui, les reconstitutions d’intérieurs, d’ateliers et de scènes de vie, restées quasiment intactes depuis les années 1950, constituent un patrimoine muséographique remarquable.
La mission confiée à Unendliche Studio consistait à redonner vie à ces espaces par le récit et la création sonore.
Le parcours propose une écriture à la fois didactique et poétique, donnant voix aux objets, aux gestes et aux savoir-faire, tout en tissant des liens entre les modes de vie d’hier et les préoccupations contemporaines.
Le projet s’appuie sur le travail scientifique mené depuis plus de quarante ans par le C.R.E.M.A.T., qui œuvre à la promotion des recherches ethnologiques et historiques et à la connaissance du patrimoine culturel du département de la Loire et de ses marges.
Au rez-de-chaussée : La salle paysanne, l’épicerie, les métiers du bois (scieur de long, chaisier, sabotier).
Au premier étage : L’auberge et relais de Poste, la salle des maisons bourgeoises, l’atelier de la couturière, la chambre du chirurgien et l’antre du rebouteux, l’école, la chapelle, la chambre de la béate.
Dans la cour extérieure : L’atelier de tonnellerie, l’atelier du maréchal-ferrant, l’atelier du charron.
L’objectif de ce parcours est de s’inscrire en complément des nouvelles ressources textuelles et iconographiques mises à disposition des visiteurs, afin de renforcer l’accessibilité et l’intelligibilité de la visite.
Le parcours sonore est diffusé sur une web app développée spécifiquement par la société Mazedia :
La dimension sonore permet d’intégrer pleinement le patrimoine immatériel au parcours.
Les paysages sonores composés et les ambiances recréés donne à entendre la campagne forézienne d’autrefois : les gestes, les chants, les bruits et les sons du quotidien, qu’ils relèvent du monde du travail — agriculture, artisanat, industrie, médecine — ou de la vie domestique.
Le projet permet également de valoriser et de sauvegarder les collectages sonores du musée, initialement enregistrés sur cassettes, qui ont été numérisés dans le cadre de cette production.
Toutes les créations sonores et toutes les musiques sont originales.
Le parcours repose sur un dispositif narratif incarné par deux personnages fictifs contemporains, avec lesquels le visiteur-auditeur développe une relation de proximité.
Le tandem imaginé est mixte et intergénérationnel : un père d’une cinquantaine d’années et sa fille d’une vingtaine d’années, en visite dans le musée.
Ce choix fait écho à la relation père/fille à l’origine même du projet d’Alice Taverne, tout en permettant de construire un dialogue entre générations et de faire émerger des résonances entre passé et présent.
Le père travaille dans une agence de design. La fille suit une formation pour devenir maraîchère.
Leur situation suggère un ancrage dans un environnement rural, sans être coupé des dynamiques urbaines — un entre-deux qui permet de dépasser l’opposition ville/campagne et de questionner les représentations associées à ces deux mondes.
Ils entretiennent par ailleurs des liens familiaux avec le territoire : le père évoque ses souvenirs d’enfance dans le Forez, auprès de ses grands-parents.
Le personnage du père, designer, apporte un regard analytique sur les objets et les espaces : il explicite leur fonctionnement, met en valeur leurs qualités formelles et fonctionnelles, souligne l’intelligence des savoir-faire artisanaux et commente, à l’occasion, les choix muséographiques.
Il partage également son regard sur les transformations du monde rural, telles qu’il les a observées : désertification médicale, disparition des petits commerces, mutations des modes de vie.
La fille, apprentie agricultrice, porte un regard contemporain, marqué par une sensibilité aux enjeux écologiques et à la sobriété. Elle interroge l’évolution du lien entre l’humain et son environnement, les tensions entre économie locale et globale, et ce que signifie aujourd’hui devenir paysanne.
Elle réactive également des valeurs souvent associées à la ruralité — entraide, transmission, autosubsistance, échanges de savoirs — en les replaçant dans un contexte actuel.
Le ton général du parcours repose sur la complicité et l’humour qui lient les deux personnages, permettant une médiation accessible, incarnée et progressive.